Les tourelles cuirassées


Quand aujourd’hui on évoque la Ligne Maginot, presque instantanément vient à l’esprit la vision de tourelles cuirassées. De tous temps, les guerriers ont cherché à se protéger sous un bouclier, puis sous une cuirasse. Puis il fallut mettre à l’abri les organes de tir. C’est ainsi que se fit jour dans la fortification moderne (la fortification d’après 1870) un développement à la fois des cuirassements, des bouches à feu, et des concepts architecturaux. Notre propos est de vous faire découvrir l’historique des tourelles cuirassées, qu’il faut maîtriser quelque peu pour mieux comprendre de quel passé sont issues les tourelles de la Ligne Maginot.


L’idée de protéger les canons en les plaçant à l’intérieur d’une tourelle avait pris naissance dans la marine. C’est le capitaine Cowper Coles de la Royal Navy qui avait suggéré une première réalisation . Ce capitaine avait observé le bombardement de la forteresse russe de Kimburn en octobre 1855 lors de la guerre de Crimée. Il avait mesuré le danger que présentaient les larges sabords à travers lesquels tiraient les navires de guerre. Il imagina donc d’envelopper chaque canon d’un bouclier à travers lequel passait la volée du tube et qui pouvait tourner en même temps que la pièce.

1861
Le dispositif du Capitaine Coles fut utilisé à partir de cette date et des batteries de côte furent ainsi équipées à Gibraltar et ailleurs.

1863
L’ingénieur belge Brialmont fait installer la première tourelle construite pour la fortification terrestre au fort n°3 de la ceinture fortifiée d’Anvers qu’il vient d’ériger. Les plans en avaient été demandés au Capitaine Coles en 1862. Elle était composée de 18 plaques de blindage boulonnées sur 2 couches de madriers. Elle abritait 2 canons de 150 mm, pesait plus d’une centaine de tonnes et était actionnée par 4 hommes.

1867
C’est encore le capitaine Coles qui va fournir aux Belges les plans de trois nouvelles tourelles. Celles-ci seront installées au fort Saint-Philippe qui devait barrer l’Escaut en aval d’Anvers. Il s’agit de tourelles cylindriques en fer laminé de 25 cm d’épaisseur. Leur rotation est assurée par une machine à vapeur et le poids total de l’ensemble est d’environ 400 tonnes. Armement 2 pièces Krupp de 275 mm.
A la même époque, le général russe Totleben visite Anvers, et à son retour fait établir dans la rade de Kronstadt 13 tourelles et 5 batteries cuirassées.

1870
Cette année est marquée par l’entrée en lice de l’Allemagne par l’intermédiaire du Capitaine Schumann, du Génie de l’armée prussienne. Celui-ci s’était rendu à Anvers en 1865, y avait vu la tourelle Coles et entama une série d’expériences à Mayence et à Berlin qui aboutirent en 1870 à la présentation d’une coupole à une pièce. La tourelle fut réalisée avec la maison Gruson de Magdebourg, qui allait devenir une des plus renommées dans ce domaine. Elle tournait sur une couronne de 16 roues de fonte et portait une pièce de 150 mm. Le cuirassement était composé d’une muraille en fer laminé surmontée d’une calotte sphérique en plaques de fer.


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