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L'ALIMENTATION ELECTRIQUE PAR L'ARRIERE ET SON INCIDENCE SUR LES OUVRAGES DU SECTEUR FORTIFIE DE HAGUENAU
Quelques repères :
- kv = unité de force électromotrice
exprimée en milliers de volts
- kva = kilo/voltampère :
unité de puissance électrique apparente (unité exprimant une combinaison de
force et d'intensité du courant électrique).
- poste ou pylône aéro-souterrain
= installation qui assure la transition d'une ligne aérienne à une ligne
souterraine (ou son contraire).
- Jeu de barres =
conducteurs électriques de forte section, sous forme de barres de cuivre,
utilisés dans les systèmes de distribution de fort voltage.
- Distribution =
appareillage (sous forme de tableau) ou local d'où est distribué le courant électrique
vers les différents circuits.
Au moment de la conception
de la Ligne Maginot, on s'aperçut, en haut lieu, que l'alimentation électrique
des régions fortifiées était tributaire de moyens de production locaux,
souvent proches de la frontière, et donc rapidement vulnérables en cas de
conflit avec l'Allemagne. Cette situation était particulièrement marquée en
Alsace. Cette province, lors de l'avènement de cette énergie révolutionnaire
qu'est l'électricité, fait alors
partie de l'empire allemand depuis la défaite des armées françaises, en 1870.
Après le retour à la France en 1918, ses moyens de production d'électricité
sont toujours situés en majorité le long du Rhin (donc sous le feu de
l’ennemi) et son réseau de distribution ne possède quasiment pas
d'interconnexion avec le réseau français. La Lorraine frontalière est elle
aussi dans une situation analogue.
Pour parer à cette lacune,
est créé, en mars 1931, le CENE (Consortium d'Electricité du Nord-Est) qui
est chargé de mettre en place des lignes et des ouvrages nécessaires à
l'alimentation du futur système de défense des frontières de l'Est, le tout
en collaboration avec le ministère de la Guerre. Le CENE regroupe alors
plusieurs grandes compagnies d'électricité dont la SALEC (Société Alsacienne
et Lorraine d'Electricité), l'ES (Electricité de Strasbourg), la Compagnie
Lorraine d'Electricité, la Compagnie Electrique de la Sidérurgie Lorraine.
Le 8 avril 1933, une note
relative aux installations nouvelles nécessaires
pour compléter en temps de guerre l'alimentation en énergie électrique des
trois départements retrouvés (Bas-Rhin, Haut-Rhin, Moselle) précise les
lacunes du réseau en place. Un premier projet d'alimentation des ouvrages et de
la zone arrière est rédigé.
L'année 1935 est consacrée à la rédaction du cahier des charges, tandis que les projets précis de ces lignes à construire sortent des bureaux d'études.
Dans le cadre du premier
programme du CENE, l'ES (Electricité de Strasbourg) met en service en 1936 une
ligne de 70 kv (70 000 volts) s'ancrant résolument à l'ouest soit : Dettwiller
– Schirmeck – Fouday. A Fouday, cette ligne est raccordée à celle qui
joint St. Blaise à Etival – Heriménil.
En 1937, le CENE mandate l'Electricité
de Strasbourg pour prolonger cette ligne vers l'Est et réaliser la connexion
Dettwiller – Haguenau, via Pfaffenhoffen.
En 1938, l'ES met
en service une ligne de 70 kv, l'une reliant Pfaffenhoffen à
Goetzenbruck, en Moselle, puis une seconde allant de Dettwiller à Sarrebourg,
mise en service en 1940.
Toutes ces lignes précitées permettent de s'affranchir de la seule production locale, mesure indispensable en cas de conflit avec l'Allemagne.
L'ALIMENTATION
DES OUVRAGES EN ALSACE
Selon le rapport 171 F de la
Commission de Défense des Frontières du 6 novembre 1926, l'alimentation électrique
des ouvrages par l'arrière est prévue dès l'origine de la Ligne Maginot. Le
principe des usines électriques autonomes, à la manière de ce que les
Allemands avaient pratiqué dans leurs Festen, a même été écarté car un tel
procédé paraissait trop coûteux en personnel qualifié, difficile à
recruter. Dans les faits, c’est tout le contraire qui se produisit car
l’alimentation par l’arrière sera reportée, faute de crédits, sur la
deuxième loi programme de 1934. Il fallut donc revenir au principe des usines
autonomes, alors que les plans de masse des premiers ouvrages étaient déjà à
l’étude. Cette volte-face amena les dessinateurs à des compromis pas
toujours heureux, dont nous verrons les conséquences dans les paragraphes qui
vont suivre.
Ce n’est donc qu’après
l’achèvement de la Ligne Maginot que commencèrent, en 1935-1936, dans la Région
Fortifiée de la Lauter, les premiers travaux d’alimentation par l’arrière
par la construction du poste bétonné de transformation de Goetzenbruck.
En Alsace, c'est à partir
de 1936 que sera entamée l'élaboration des nouvelles pénétrantes dites
"lignes à moyenne tension", de 70 000 volts. Sur ces lignes, qui véhiculent
en réalité 63 000 volts, se
grefferont les lignes militaires qui iront desservir les gros ouvrages de la
Ligne Maginot. Au départ, on trouve les postes de transformation. Ils sont deux
en Alsace, ce sont les postes de Pfaffenhoffen et de Haguenau. Les postes de
transformation situés en Lorraine sont tous abrités sous d'impressionnants édifices
en béton armé, tel celui de Goetzenbruck, qui alimente les ouvrages du secteur
de Bitche. Par contre, les postes de Pfaffenhoffen et de Haguenau ont leurs
installations à l'air libre, comme les postes civils. Celui de Pfaffenhoffen
alimente l'ouvrage du Four à Chaux, Haguenau fournit à la fois les ouvrages du
Hochwald et de Schoenenbourg.
Le poste de Pfaffenhoffen
comporte deux groupes transformateurs/abaisseurs 63 000/20 000 volts d'une
puissance de 1500 kva, ce qui est la puissance standard mise à disposition pour
l'alimentation d'un groupe d'ouvrages. Mais ce poste ne fournit qu'une seule
fortification, ce qui est une exception. Le poste de Haguenau, qui alimente deux
ouvrages fortifiés, est le plus puissant de tous (Alsace et Lorraine) car il
comporte une particularité, il devra alimenter par ailleurs cinq dérivations,
qui sont : Morsbronn, Preuschdorf, Biblisheim, Durrenbach, et enfin Merckwiller
où le poste de cette localité est approvisionné à la fois par la ligne
desservant le Hochwald et celle alimentant le Schoenenbourg. Sans que cela soit
une certitude, il est fort probable qu'en Alsace on ait pensé à desservir non
seulement les grosses fortifications, mais aussi leurs arrières, histoire
d'assurer une permanence électrique aux infrastructures militaires reculées
telles que PC, dépôts de munitions, de matériels ou ferroviaires, services de
santé, etc.
La maintenance et
l'exploitation de ces lignes est assurée, à partir du 2 septembre 1939, donc
à partir de la déclaration de guerre, par la Section d'électriciens de
campagne d'exploitation frontalière (SECEF) n°81, qui est composée
d'officiers de réserve et d'hommes qui exercent dans le civil les fonctions
d'Ingénieurs, d'employés ou d'ouvriers dans les compagnies d'électricité.
Dans les ouvrages, ce sont les détachements d'électriciens et d'électromécaniciens
des régiments d'active du génie aux ordres d'un officier qui ont pour mission
d'assurer le fonctionnement et le transport de l'énergie au sein des
fortifications.
L'ALIMENTATION
PAR LE RESEAU CIVIL
Fin 1935, les gros et moyens
ouvrages de la Ligne Maginot sont quasiment achevés et sont opérationnels.
Chaque ouvrage possède sa centrale électrique, mais est aussi raccordé au réseau
civil par l'intermédiaire d'un poste extérieur doté d'un transformateur, situé
à proximité des entrées. Ces édifices, sont presque tous encore visibles de
nos jours. Celui alimentant le Schoenenbourg avait une puissance de 70 kva. Ces
postes transformateurs ont été mis en utilisation dès la mise en chantier du
gros œuvre, car il fallut dès le début, disposer d’un éclairage et
alimenter les compresseurs pour le percement des liaisons souterraines, etc. Ils
serviront à alimenter les ouvrages en temps de paix, après l’achèvement des
travaux. Car entre 1935 et 1939 il est impensable de laisser tourner les groupes
électrogènes hors des périodes réglementaires de marche d’entretien. Car
durant cette période et jusqu’à l’armistice de 1940, règne une obsession,
celle d’économiser à tout prix les groupes.
Ce mode d'alimentation par
postes extérieurs provenant du réseau civil, s'il est adapté en temps de
paix, est par contre très vulnérable et serait probablement rapidement mis
hors d'usage lors d'un conflit. Il a donc, par définition, un caractère
provisoire. Par ailleurs, la puissance de ces transformateurs, bien que non négligeable,
est incapable d'assurer le fonctionnement d'un gros ouvrage en pleine activité
(train, tourelles, ascenseurs, cuisines, etc. Pour les gros ouvrages, il
semblerait qu’à la déclaration de guerre, ces postes extérieurs aient été
désactivés (celui du Hackenberg a même été détruit) car rappelons-le, la
ligne Maginot est alors située dans un no man’s land où n’arrive
vraisemblablement plus le courant du réseau civil. De toute façon les gros
ouvrages sont alors alimentés par l’arrière, par le réseau militaire,
sauf…le Schoenenbourg.
FOURNIR
LES PO
Ces postes extérieurs
serviront jusqu'en dernier ressort, notamment à l'usage des PO, ou ouvrages
d'infanterie, où de toute façon aucun approvisionnement par ligne enterrée
venant de l'arrière n'est prévu et où les liaisons latérales avec les gros
ouvrages n'ont jamais vu le jour. Ainsi, non loin de chez nous, le PO de l'Otterbiel,
qui est uniquement alimenté par le réseau civil (et qui possède une véritable
alvéole haute tension, ce qui est unique, car l'Otterbiel est un gros ouvrage
avorté), ne reçut pas ses liaisons latérales avec les ouvrages du Grand
Hohekirkel et du Schiesseck, ces travaux ayant été rejetés en deuxième
urgence et finalement non réalisés.
Dans le nouveau front, à
l'Ouest de Bitche, les PO de Rohrbach, du Welschhof et du Haut-Poirier seront
eux aussi approvisionnés en électricité par le réseau civil ; leur
alimentation depuis Goetzenbrück avait été planifiée, mais elle aussi rejetée
en second cycle. Ils sont alimentés par pylône aéro-souterrain et une
conduite enterrée aboutit aux transformateurs internes installés dans une
cellule haute tension improvisée (60 kva pour Welschhof et Haut-Poirier et 75
kva pour Rohrbach). Tous possèdent, bien entendu, leur centrale électrique
interne. D'autres PO, anciens fronts notamment, étaient également alimentés
par le réseau civil, qui aboutissait dans un poste extérieur doté d'un
transformateur et d'une connexion aéro-souterraine.
LES
GROS OUVRAGES
Fin 1935, la situation des
gros ouvrages est assez paradoxale. Pour leurs concepteurs, il était bien prévu
qu'ils soient approvisionnés par une ligne enterrée venant de l'arrière, mais
ne voyant rien venir, ces derniers avaient été obligés de revenir au principe
de la centrale autonome et de créer des locaux en conséquence, quitte à faire
l’impasse sur les locaux nécessaires à l’exploitation des lignes enterrées,
pourtant prévues au départ.
Quand la situation évolua,
en 1936, par le commencement de la mise en œuvre des lignes arrières, le génie
militaire n’eut de solution, alors que les ouvrages étaient achevés, que de
creuser et de construire des locaux destinés à l’arrivée, à la
transformation et la distribution du courant. Quand on voit aujourd’hui la
taille respectable de ces locaux, on peut aisément deviner la difficulté de
mener de tels chantiers dans des ouvrages déjà finis… Nous savons, avec
certitude, que ce fut le cas au Hochwald-Ouest, au Hackenberg, à Fermont.
La construction ultérieure
d’une grosse alvéole supplémentaire logeant à la fois l’arrivée, la
transformation et la distribution du courant ne se fera que dans les mastodontes
de la ligne Maginot (ceux cités plus haut et en plus Métrich, Bréhain,
Anzeling, Molvange, etc,) où l’on ne regarde pas encore trop à la dépense.
Il en est autrement pour ceux qu’on appelait à l’époque « les
ouvrages intermédiaires » des
anciens fronts dont Schoenenbourg, Four à Chaux, Grand Hohekirkel, Michelsberg,
Mont des Welches, Billig, Galgenberg, et où le temps des restrictions a fait
son apparition. Dans cette catégorie, Michelsberg et Billig furent néanmoins
dotés d’une grosse alvéole cumulant toutes les fonctions. Galgenberg et Four
à Chaux seront équipés d’une alvéole haute tension supplémentaire, mais
sans la fonction distribution. Pour certains autres, ce sera de simples
transformations internes. Si en plus des difficultés se font jour, comme au
Schoenenbourg (piliers supplémentaires pour le soutènement de la majorité des
blocs) où de toute façon les crédits sont épuisés, il faudra dès le départ,
construire et équiper à l'économie.
Tout porte à croire qu'en
1931, les dessinateurs de notre ouvrage n’étaient pas très informés car
aucune infrastructure spécifique n’est prévue pour l’arrivée du courant
20 000 volts, sa transformation, sa distribution. Mais quand en 1937 démarrent
les travaux de l'alimentation par l'arrière, il faudra bien trouver un local
pour cet usage, et comme il n'existe pas, il faudra le créer. Ce sera un bout
de couloir qui se situe au pied du monte- charge de l'entrée des hommes et qui
donne accès à la fosse où est logée la machinerie de l’ascenseur.
Le génie militaire, sous la conduite du capitaine Vivier, prédécesseur
du capitaine Stroh, fera couler une dalle par-dessus cette fosse et fera murer
les extrémités du couloir tout en le dotant d’une porte. C'est de cette manière
que vit le jour la cellule haute tension du Schoenenbourg.
Dans cette alvéole improvisée, trouveront place deux arrivées, dont celle du câble
d'alimentation par l'arrière et seulement deux transformateurs 20 000/440
volts, de200 kva, alors que la dotation standard est de trois pour ce type
d'ouvrage. N'y figure non plus l'autotransformateur, qui d'après l’inventaire
de 1947, est inexistant, Pas de
tableau de distribution, sauf quatre disjoncteurs Delle. Toutefois, le même
rapport dit que la charpente d'un futur tableau est en place, mais on peut être
sceptique, concernant cette éventuelle réalisation, puisque le local est
relativement exigu et que la distribution est déjà définitivement en place
dans l’usine. Y manque aussi, puisqu’on ne trouve trace dans aucun rapport,
le départ 20 000 volts vers l'ouvrage du Hochwald, alors que l'usine Est de cet
ouvrage possède une installation dotée d'une plaque émaillée "arrivée
Schoenenbourg", qui a malheureusement disparu depuis, ce module ayant été
démonté vers 1985.
Quant à la distribution,
elle sera casée, en version simplifiée, dans la salle des machines, comme cela
fut le cas pour la majorité des ouvrages intermédiaires que nous avons vus
plus haut.
LE
SCHOENENBOURG AU SECOURS DU HOCHWALD
Ainsi, par une ligne
transversale enterrée, le Schoenenbourg devait pouvoir alimenter l'ouvrage Est
du Hochwald en mode "secours", mais ce projet sera rejeté en second
cycle, cycle qui n'a jamais vu le
jour. Néanmoins, une réalisation de ce type eut lieu, ce fut l'interconnexion
Soetrich-Kobenbusch. La liaison Kobenbusch-Galgenberg n'entre pas dans cette catégorie
car le Galgenberg n'est pas approvisionné par l'arrière, mais par le
Kobenbusch, qui sert de transit.
L'APPROVISIONNEMENT
PAR L'ARRIERE DE L'OUVRAGE DU FOUR A CHAUX
Le Four à Chaux est alors
alimenté par une ligne de 20 000 volts prenant son départ au poste de
Pfaffenhoffen. Deux groupes transformateurs assurent le débit, avec une
puissance de 1500 kva. Installée par l'Electricité de Strasbourg, la ligne est
aérienne sur une longueur de 20 366 mètres. Elle est prévue, avec ses trois
conducteurs de 33,57 mm², pour une puissance de 22 kv, Une seule dérivation y
est greffée, qui alimente Goersdorf. D'aérienne, la ligne devient souterraine
par l'intermédiaire d'un poste dit aéro-souterrain
se trouvant à Gundershoffen, qui est équipé de deux jeux de barres.
Elle va progresser à 2,50 mètres sous terre, puis à 3 m jusqu'aux trois
transformateurs de 200 kva de l'ouvrage du Four à Chaux, sur une longueur de
5694 mètres, le parcours dans l'ouvrage étant compris dans ce décompte. Dans
sa partie souterraine, les fils conducteurs ont une section de 35 mm² et sont
capables d'absorber 24 000 volts.
La liaison latérale 3x15 mm²
- Four à Chaux - PO de Lembach ne sera jamais réalisée. Le petit voisin du
Four à Chaux ne sera donc jamais relié, même indirectement, à la ligne
militaire venant de Pfaffenhoffen. Mais il est branché sur son transfo extérieur
et possède deux groupes Renault, dans son usine. La liaison Four à Chaux –
Hochwald, longue de 5500 mètres en 3x35 mm² ne verra non plus le jour.
LE CAS
DU HOCHWALD
L'ensemble du Hochwald est
alimenté depuis le poste de Haguenau-Metzgerhof, avec une puissance de 2000 kva,
soit 500 de plus que le poste de Goetzenbruck qui alimente à la fois le
Simserhof, le Schiesseck et le Grand Hohekirkel. Au départ, le câble est
souterrain sur 7392 mètres, En pleine forêt de Haguenau, un poste au lieu-dit
la Hohwarth sert de relais. Puis il émerge à proximité de la localité d'Eschbach,
au moyen d'un pylône aéro-souterrain. Ensuite il s'étire, en aérien, sur une
longueur de 9308 mètres, deux dérivations, à destination de Morsbronn et de
Preuschdorf y sont greffées. Au niveau du poste aéro-souterrain de
Lampertsloch, part également la dérivation sur le poste intermédiaire de
Merckwiller, où est réalisé un raccord de secours sur le secteur civil.
Du poste de Lampertsloch, le
câble plonge à nouveau sous terre. Il s'agit d'un conducteur blindé à trois
phases de 35 mm², à bain d'huile, pouvant
absorber sans broncher 27 000 volts, car le Hochwald est un des plus puissants
ouvrages de la Ligne Maginot. Cette liaison est longue de 6867 mètres,
jusqu'aux quatre transfos de 200 kva de la cellule haute tension proche de
l'entrée des hommes Ouest. De la barre omnibus de 20 000 volts de l'arrivée de
la centrale Ouest part immédiatement une liaison, par le biais des galeries
internes, jusqu'à la centrale de l'ouvrage Est, sur une longueur de 1451 mètres.
Les usines Ouest et Est sont bien entendu équipées de leurs groupes Sulzer
respectifs, et étaient alimentées, chacune, avant l'arrivée de l'alimentation
par l'arrière, par un poste transformateur provisoire externe.
Mais en 1936, le Hochwald
Ouest n'est pas mieux loti que le Schoenenbourg car il lui manque également
toute une alvéole où pourra être logée l'arrivée du câble souterrain et le
système de distribution correspondant. Pour parer à cette lacune, le capitaine
Brice entreprendra, début 1938, des études et plans d'exécution et lancera un
devis estimatif pour la construction de locaux qui sera dévolue à l'entreprise
Chambert, de Nancy.
Il faut rappeler que le
Hochwald est alors quasiment opérationnel et que la construction de locaux
souterrains supplémentaires n'est pas une chose facile. Les travaux de
terrassement, dans le roc plus ou moins fissuré, avec seulement des marteaux
piqueurs à air comprimé, sans emploi d'explosifs du fait de la proximité de
l'usine, seront exécutés dans des conditions difficiles compte tenu des
contraintes imposées pour l'évacuation des déblais dans un ouvrage déjà
livré à l'utilisateur.
A l'alerte de 1938, les
fouilles sont en voie d'achèvement, mais les travaux de maçonnerie ne seront
terminés que peu de temps avant la mobilisation de 1939. A partir de là,
l'installation des équipements et la mise en service se feront rapidement, le
tout sera achevé au moment de la déclaration de guerre.
A l'usine Est, la liaison
latérale avec le Schoenenbourg, qui aurait été longue de 6000 mètres, n'a
pas été réalisée. Contrairement à l’usine Ouest, la centrale Est n’a
pas subi de transformations notoires, car non concernée par l’alimentation
par l’arrière.
VERS
LE SCHOENENBOURG
Cette ligne est issue du même
poste que celui alimentant le Hochwald. Elle chemine en souterrain sur 8375 m
via le poste intermédiaire de la Hohwarth d'où elle progresse jusqu'à l'émergence
située en bordure de l'Eberbach, entre Walbourg et Hinterfeld. Puis elle
continue en aérien sur une longueur de 8350 m vers Biblisheim et Kutzenhausen.
Du poste aéro-souterrain situé entre Kutzenhausen et Kutzenhausen-le-haut (à
l'époque Oberkutzenhausen), le câble de 24 kv serpente
sur 7245 m sous les bois, prairies et cultures, frôlant Retschwiller, et
même l'abri du Grasersloch, qui pourtant n'est pas relié, avant de pénétrer
dans le Schoenenbourg par le tubage du puits d'extraction n° 2 qui avait été
aménagé pour la circonstance.
Mais tel n'est pas encore le
cas en 1939, car le graphique des réalisations mis à jour le 30 septembre par
le génie militaire indique que la liaison Kutzenhausen – Schoenenbourg est
loin d'être achevée, alors que le Hochwald et le Four à Chaux sont déjà
raccordés. De plus, l'entrée en guerre de la France n'a pas arrangé les
choses. En effet, Electricité de Strasbourg perd la maîtrise d'œuvre de ce
chantier car la plupart de ses spécialistes sont appelés par la mobilisation.
C'est alors la main-d'œuvre militaire qui est obligée de prendre le relais.
Une section d'infanterie fournie par la 35e D.I. poursuit les fouilles et déroule
le câble, par tronçons de 135 mètres, tandis que deux spécialistes couleurs
de boîtes de la compagnie d'électromécaniciens 222 mettent en place les boîtes
de jonction, font les raccords et coulent le brai dans ces dernières.
Le 30 mars 1940, le chef de
bataillon Genon, qui est chef du service électromécanique des travaux en
cours, dit, dans son rapport, que 6848 mètres de câble sont en tranchées, que
le câble spécial (sans doute celui qui pénétrera dans l'ouvrage par le
forage) long de 100 m est approvisionné, que le câble est posé dans
l'ouvrage, soit sur 450 m. Mais à l'extérieur, sur les 49 boîtes de jonction,
17 sont coulées, il en reste donc 32 à mettre en place.
Le 20 avril, ne sont
toujours pas en place le câble spécial et 7 boîtes de jonction qu'il faudra
encore couler. La mise en service se fera dans les premiers jours de mai, soit
tout juste avant l'offensive allemande en Belgique. Les Sulzer du Schoenenbourg
passent alors au statut de groupes électrogènes de secours avec l'arrivée du
courant par l'arrière.
Mais le 14 juin, la SECEF 81
coupe le courant sur l'ensemble du réseau car les troupes d'intervalle doivent
se retirer vers l'ouest. Elle se replie alors dans la région de Saint-Dié où
ses hommes sont capturés le 22 juin. Dans les ouvrages, les groupes électrogènes
reprennent du service et le bruit
des Sulzer résonne à nouveau dans les usines. Le 25 juin 1940, l'armistice est
mis en application par un cessez-le-feu, mais les défenseurs du Secteur Fortifié
de Haguenau, qui sont toujours à leur poste, ne se rendent que le 1er juillet.
APRES
LA GUERRE
LA
LIGNE PFAFFENHOFFEN - FOUR A CHAUX
Le tronçon
Pfaffenhoffen-Gundershoffen est resté en service, pour la desserte locale,
jusque dans les années 1980 où il fut démonté et remplacé par une ligne
plus performante. Le tronçon Gundershoffen-Goersdorf a été démonté très
rapidement après la guerre, les conducteurs cuivre avaient déjà été déposés
et récupérés par les Allemands durant le conflit. Mais le câble enterré
menant au Four à Chaux est resté en place. Sa tenue diélectrique a été vérifiée
en 1982, elle était très bonne et la tête de câble fut encapuchonnée et
enterrée.
Le Four à Chaux sera, à
partir de là, approvisionné par le transformateur extérieur, situé près de
l'entrée. L'alvéole haute tension sera vidée de son contenu, plus tard, on y
installera une des salles du musée interne. Les deux transformateurs seront déplacés
dans la salle des machines, mais sans affectation. Le tableau de distribution et
le tableau de couplage, qui avaient été détruits par le dynamitage des Sulzer,
ont été remplacés par du matériel des années 1950.
LA
LIGNE HAGUENAU-HOCHWALD OUEST
Elle fut mise hors
exploitation après la guerre et le câble partiellement déterré. La dérivation
vers le poste de Merckwiller alimente aujourd'hui en 20 kv le complexe du
Hochwald Ouest. A partir de là, il semble que la ligne enterrée alimente
toujours le centre de détection aérienne installé au Hochwald.
Vers 1960, pour faire face
à la demande croissante d'énergie du fait de la montée en puissance du centre
de détection, un cinquième groupe Sulzer sera installé dans l'usine Ouest,
ainsi q'un cinquième transformateur de 200 kva.
Egalement dans les années
1960, la liaison 20 000 volts entre l'usine Ouest et l'usine Est sera désaffectée
et remplacée par une alimentation directe de l'Est par le secteur.
Mais une liaison Ouest-Est renaîtra sous forme d'une ligne de 440 volts
qui transitera au passage dans une sous-station élévatrice à 3000 volts. Le même
procédé sera appliqué en sens inverse. C'est alors la centrale Est qui sera
aménagée pour venir au secours de la centrale Ouest ; on y installera un
départ avec inverseur à la fois sur les barres des groupes électrogènes et
celles du secteur, pour transiter dans la sous-station 440/3000 qui, en cas de
coup dur, n'alimentera plus les blocs avant, mais en sens inverse, la centrale
Ouest.
En 1988, l'AALMA videra,
bien entendu avec l'autorisation du commandement de la base 901, la centrale
Est. Seule subsistera l'alimentation électrique nécessaire à l'usage actuel.
Les blocs de combat de l'ouvrage Est ne sont plus alimentés.
LA
LIGNE HAGUENAU-SCHOENENBOURG
Cette ligne a été rétrocédée
à l'ES à la fin des hostilités. Elle a assuré la desserte locale et le
secours 20 kv de Merckwiller jusqu'à la fin des années 1980. Elle est
aujourd'hui complètement démontée, sauf un petit tronçon de l'ancienne
jonction vers Merckwiller.
Mais après la guerre, il s'était
avéré que le tronçon enterré Merckwiller-Schoenenbourg était resté intact.
L'entreprise Loeber, de Schiltigheim, fut même chargée de remettre en état
les arrivées de câble dans le Schoenenbourg et d'équiper à neuf la cellule
haute tension. Loeber procéda également au remplacement partiel du tableau de
distribution de la salle des machines, qui avait été endommagé par le
dynamitage du groupe électrogène n°1. Le tableau de couplage des Sulzer est
toujours d'origine, car il n'avait pas été touché par l'explosion.
En 1969, la future ligne aérienne
civile 63 kv Merckwiller-Altenstadt s'arrêtait sur les hauteurs de Kutzenhausen,
faute d'avoir obtenu à temps les autorisations de passage sur les terrains privés
et communaux. Il fut décidé de la mettre sous tension par l'intermédiaire du
câble CENE, c'est-à-dire du câble enterré alimentant le fort de
Schoenenbourg qu'il fallut déterrer de l'autre côté du bois de Kutzenhausen,
et le raccorder par un pylône aéro-souterrain et quelques pylônes
provisoires. C'est ainsi que ce tronçon de câble de la Ligne Maginot
contribua, pour un temps, à alimenter la région de Wissembourg.
Mais ce n'est pas tout. En
1982, l'association des Amis de la Ligne Maginot d'Alsace obtint, de la part de
l'armée, un droit d'occupation du Schoenenbourg. Mais l'installation électrique
était très dégradée. Le câble souterrain n'était plus alimenté puisque le
fort était inoccupé depuis 1968 et le poste transformateur extérieur proche
de l'entre des hommes délabré et vide de tout équipement. A vingt mètres
sous terre, la cellule haute tension avait été ravagée par les vandales, qui
entre autres avaient renversé un des deux transformateurs après l'avoir percé à coups de revolver. Un des Sulzer avait été
remis en état, mais on ne pouvait trop compter sur ce vieux matériel et il
fallait trouver une solution, car les premiers visiteurs affluaient pour découvrir
ce monde souterrain.
L'association chargea
l'entreprise Loeber de rénover totalement la cellule haute tension, ce qui fut
fait. La ligne enterrée fut testée par l'Electricité de Strasbourg, qui détecta
un défaut sur une des phases. La recherche et la réparation de la panne se
relevant trop onéreuses, la solution consista à prendre du courant électrique
dans la ligne aérienne du secteur qui croisait justement la ligne souterraine,
à proximité de l'entrée des hommes du fort.
L'ES réalisa donc une
liaison aéro-souterraine grâce à un pylône, et à l'heure actuelle, c'est
toujours le câble enterré en 1940 qui assure, sur une distance d'environ 500 mètres,
l'approvisionnement du Schoenenbourg. Mais il est prévu que ce tronçon soit
lui aussi désaffecté et remplacé par une liaison qui transiterait directement
par l'entrée des hommes.
Ainsi se termine cette étude
très technique qui a dû être quelque peu rébarbative pour le lecteur non
familier avec les techniques électriques. Merci de l’avoir lue jusqu’au
bout.
Jean-Louis
Burtscher
Sources :
- Articles de MM. Claude
Damm et Michel Truttmann
- 100 ans d’énergie –
Histoire de l’Electricité de Strasbourg, par M. Claude Lorentz
- Archives AALMA
- L'ensemble fortifié du
Hochwald, par Robert Brice
- Le fort du Hackenberg, par
Alain Hohnadel et Robert Varoqui
- La muraille de France, par Philippe Truttmann