![]() |
Plus qu'une simple organisation linéaire, le Secteur Fortifié de Haguenau comporte, depuis la frontière jusqu'à l'arrière soit sur une profondeur de 20 à 25 km, un ensemble de structures d'alerte, de résistance, de combat et de soutien, ainsi que diverses organisations d'infrastructure. Toutes ces organisations s'articulent bien entendu avec la ligne des ouvrages C.O.R.F., dite "ligne de résistance principale", qui est constituée des ouvrages les plus solides et les plus puissamment armés.
Depuis la frontière jusqu'aux arrières, on rencontre successivement :
(1) LES POSTES-FRONTIERE, blockhaus souvent camouflés en inoffensives demeures (maisons fortes), disposés sur chaque voie de passage, à quelques mètres de la frontière, et destinés à donner l'alerte en cas d'attaque brusquée, à fermer les barrages antichars et à provoquer les destructions à l'explosif aptes à retarder l'ennemi. Il existait 14 maisons fortes de ce type dans le S.F.H. entre Climbach et Lauterbourg. Quelques-uns de ces petits ouvrages existent encore aujourd'hui, en particulier à Wissembourg et Schleithal.
(2) Environ 5 kilomètres en arrière de la frontière, UNE LIGNE DE POINTS D'APPUI ET D'AVANT-POSTES, blockhaus antichars devant opposer une première résistance tout en permettant aux équipages des ouvrages C.O.R.F. d'être prêts à leurs postes de combat. Ces avant-postes sont situés sur chaque voie de passage menant à la ligne principale. Il existait une douzaine de blockhaus d'avant-postes dans le S.F.H.. La plupart d'entre eux sont encore visibles aujourd'hui (notamment à Steinseltz, Riedseltz, Seebach, Trimbach, Niederroedern). Ces 2 lignes d'ouvrage datent de la période 1935-39.
(3) A 10 kilomètres de la frontière, on se heurte à la LIGNE PRINCIPALE DE RESISTANCE précédée d'un OBSTACLE ANTICHAR, un champ de rails plantés verticalement et large de 6 rangs, d'une hauteur variant de 0,70 à 1,40 m et plantés à 2 mètres de profondeur dans le sol. Cet obstacle antichar s'étendait en avant des ouvrages, d'un bout à l'autre du système fortifié, donc sur des centaines de kilomètres. Il ne s'interrompait qu'en de rares endroits (forêts, cours d'eau, zones inondées, terrain très accidenté, etc...). Dans le S.F.H. ces rails ont presque partout disparu à l'exception de quelques tronçons autour de l'ouvrage du HOCHWALD et de la reconstitution de petits champs de rails près de l'ouvrage de SCHOENENBOURG et de la casemate-musée d'ESCH (Hatten).
L'obstacle antichar est immédiatement suivi d'un obstacle anti-personnel fait de réseaux de fil de fer barbelé très dense et d'ardillons, petites pointes émergeant du sol. Des barrières routières antichars permettaient d'obstruer les routes aux points de passage dans le champ des rails.
Le tracé en dents de scie de ces obstacles résulte du fait qu'ils sont battus en flanquement par les armes des ouvrages de la ligne principale de résistance. Ces ouvrages peuvent être de trois types :
- casemates d'infanterie,
- petits ouvrages d'infanterie,
- gros ouvrages d'artillerie.
(4) Les CASEMATES D'INFANTERIE, armées de jumelages de mitrailleuses et de canons antichars de 37 ou 47 mm, peuvent être simples (une seule chambre de tir, dans une seule direction) ou doubles (deux chambres de tir, dans 2 directions opposées) ; elles ont généralement 2 étages, un niveau de combat et un étage inférieur de repos et de services (groupes électrogènes, réserves d'eau, de carburant, de vivres, ventilation, etc...). Les casemates d'infanterie sont surmontées de 1 à 2 cloches de guetteur, parfois de cloches mitrailleuses ou observatoires. Leur équipage est de 20 à 30 hommes.
Chacune de ces casemates doit être en mesure d'effectuer un tir de protection en direction de ses voisines. Selon le relief du terrain, leur espacement est donc en moyenne de 800 à 1500 mètres. Dans le S.F.H. il existait 54 casemates de ce type, dont 6 sur la berge du Rhin. Une trentaine d'entre elles ont été plus ou moins détruites à la fin de la guerre ou ont disparu du fait des travaux d'aménagement du Rhin. Les autres subsistent dans un état de conservation variable (voir plus loin).
(5) De place en place, la ligne des casemates est renforcée par des ouvrages plus importants, les PETITS OUVRAGES D'INFANTERIE, généralement constitués de plusieurs casemates d'infanterie reliées entre elles par des galeries souterraines sur lesquelles se greffent des locaux de logement et de service (casernement, centrale électrique, systèmes de ventilation, transmissions, cuisines, sanitaires, réserves d'eau, de carburant, de vivres, etc...). L'armement peut être placé soit sous casemates soit sous tourelles à éclipse (tourelles mitrailleuses, mortiers de 81 ou canons-obusiers de 75). Leur équipage est de 100 à 200 hommes.
Plusieurs petits ouvrages de ce type étaient en projet dans le S.F.H. (BREMMELBACH, HUNSPACH, HOFFEN, OBERROEDERN, HATTEN, AUENHEIM) mais pour des raisons techniques ou budgétaires, aucun n'a été réalisé. Ils ont généralement été remplacés par de simples casemates d'infanterie isolées.
(6) Les GRANDS OUVRAGES D'ARTILLERIE représentent les piliers du système fortifié. Ce sont les ouvrages les plus importants, les plus solides et les plus puissamment armés. Ils se composent au moins de 6 blocs de combat et de 2 entrées, reliés par un réseau de galeries souterraines équipées de voies ferrées étroites, souvent électrifiées, et sont dotés d'importantes installations de service : centrale électrique à 4 groupes électrogènes, plusieurs systèmes de ventilation indépendants, grands casernements, cuisines, réseaux d'alimentation et de distribution d'eau, monte-charges, magasins à munitions, pièces de rechanges, vivres, ateliers, etc... Leur garnison peut aller de 500 à plus de 1000 hommes.
Leur armement tant d'infanterie (mitrailleuses et canons antichars de 37 et 47) que d'artillerie (canons de 75, mortiers de 81, obusiers de 135) peuvent être placés en casemates ou sous tourelles à éclipse.
Ce sont donc de véritables forteresses, quasiment imprenables à l'époque, chaque ouvrage pouvant battre de ses feux un ouvrage voisin attaqué. Deux ouvrages de ce type existent dans S.F.H., le grand ouvrage du HOCHWALD et ses 2 demis-ouvrages OUEST et EST (11 blocs de combat, 3 entrées), et l'ouvrage de SCHOENENBOURG (6 blocs de combat, 2 entrées). Trois autres (REDUIT du HOCHWALD, OBERROEDERN, KAUFFENHEIM) devaient être construits mais n'ont eu qu'un commencement de réalisation.
(7) Sur les hauteurs bénéficiant des meilleures vues sont implantés les OBSERVATOIRES dont la mission consiste à repérer les objectifs ennemis et à diriger les tirs de l'artillerie des ouvrages. Ce sont de gros blocs solidement bétonnés, enterrés, dotés de coupoles blindées abritant des instruments d'optique de haute précision et reliés par téléphone et T.S.F. aux ouvrages dont il dépendent. Il existe 3 observatoires de ce type dans le S.F.H. (versant est du HOCHWALD, HUNSPACH et HATTEN).
(8) Tous les ouvrages du système fortifié, casemates isolées, petits et gros ouvrages, observatoires et abris sont reliés entre eux par une RESEAU TELEPHONIQUE ENTERRE. Deux rocades parallèles à la ligne des ouvrages, de nombreuses transversales et une multitude de chambres de coupure bétonnées (dans lesquelles pouvaient se brancher les troupes de campagne) constituent ce réseau. Plus de 100 kilomètres de câbles téléphoniques enterrés à 2-3 mètres dans le sol courent d'un bout à l'autre du S.F.H.. Des liaisons radio (T.S.F.) complètent ces moyens téléphoniques.
(9) Entre 500 et 1000 mètres en arrière de la ligne des ouvrages se situe la ligne des ABRIS D'INTERVALLE (ou ABRIS pour réserves locales). Ce sont de véritables casernes sous béton pouvant abriter jusqu'à une compagnie d'infanterie, soit 200 à 280 hommes, et possédant des installations techniques telles que groupes électrogènes, systèmes de ventilation, d'alimentation en eau, cuisines, chauffage, leur permettant une certaine autonomie. Les troupes qu'ils abritent assurent la défense des intervalles des ouvrages. Ils peuvent aussi servir de PC aux unités d'intervalles et de base de départ à des opérations de contre-attaque.
Ces abris peuvent être de 2 types : abris de surface à 1 ou 2 étages, ou abris-cavernes avec locaux souterrains à 15-20 mètres de profondeur. Le S.F.H. possède 12 abris d'intervalle (3 abris-cavernes, 9 abris de surface). A proximité du Rhin on a construit un type d'abri plus réduit, sans commune mesure avec les abris d'intervalle, et dont il existait 3 exemplaires.
(10) Certaines cuvettes naturelles ou cours d'eau peuvent être aménagés en ZONES D'INONDATION et constituer ainsi un obstacle supplémentaire en cas d'offensive ennemie. De tels plans d'eau existaient près de HUNSPACH et de KAUFFENHEIM.
(11) Des CASERNEMENTS DE SURETE ont été construits à proximité des ouvrages afin de permettre aux équipages de gagner leurs postes de combat dans les plus courts délais en cas d'attaque brusquée en temps de paix. Ces camps, qui existent encore aujourd'hui bien que généralement convertis en quartiers d'habitation civils, étaient au nombre de 5 dans le S.F.H. (DRACHENBRONN, SCHOENENBOURG, LEITERSWILLER-OBERROEDERN, BEINHEIM, SOUFFLENHEIM).
(G) DEPOTS DE MATERIEL du Génie (en particulier à SOULTZ-sous-Forêts, OBERROEDERN et NEUBOURG).
(M) DEPOTS DE MUNITIONS (notamment à DRACHENBRONN, LOBSANN, OBERROEDERN, SOUFFLENHEIM et NEUBOURG).
(13) Un réseau de VOIES FERREES de 60 cm développé sur plus de 50 kilomètres relie ces dépôts aux grands ouvrages. Des locotracteurs blindés à essence (ainsi que des locomotives à vapeur de 1914-18) tractent des plates-formes spéciales à munitions. Ces voies ferrées ont disparu aujourd'hui mais 2 wagons plates-formes modèle 1888 sont conservés devant l'entrée de l'ouvrage de SCHOENENBOURG.
(14) Un réseau de LIGNES A HAUTE TENSION, d'abord aériennes puis enterrées, branchées sur le réseau civil, alimente les gros ouvrages en énergie électrique.
(15) Pour compléter l'artillerie des ouvrages dont la portée a été intentionnellement limitée à 10-12 kilomètres, des positions d'ARTILLERIE LOURDE SUR VOIE FERREE ont été établies dans le S.F.H., en particulier à KUTZENHAUSEN, RITTERSHOFFEN et NIEDERROEDERN. Il n'en reste rien à l'heure actuelle.
(16) Une 2éme LIGNE de blockhaus a été commencée en 1939 entre LOBSANN 7et RITTERSHOFFEN dans le but d'ajouter de la profondeur au système fortifié. Ces ouvrages n'étaient pas terminés en 1940. Ils sont toujours visibles à SOULTZ-sous-Forêts, KUHLENDORF et RITTERSHOFFEN.
(17) La vaste FORET DE HAGUENAU a été constellée par une multitude de POINTS D'APPUI constitués chacun d'un groupement de très petits ouvrages bétonnés (coupoles en béton pour mitrailleuse, abris pour canon antichar, plates-formes bétonnées) qui existent encore aujourd'hui la plupart.