Le vingtième anniversaire


Avoir vingt ans est un événement qui, en général, se fête. Il n'y avait pas de raison pour que les vingt années de l'AALMA passent inaperçues. Décision fut donc prise de "mettre le paquet" pour le samedi 27 et le dimanche 28 juin 1998. Déjà, bien avant ces dates, une commission avait pris les choses en mains pour préparer ce qui allait être l'événement majeur de ces dernières années. Et puis vint le grand jour.

- Vendredi 26 juin :

Les deux grands chapiteaux loués pour l'occasion sont en place, derrière le monument. En face, les trois grandes tentes louées à l'armée de l'air sont montées à la force du poignet. Les citernes à eau et la cabine de WC sont positionnées. Le canon de 75 mm prêté par le régiment d'artillerie d'Oberhoffen est en position. Le terre-plein de l'entrée des munitions est méconnaissable. Tout à côté, des positions de combat ont été creusées pour permettre aux reconstituants d'y effectuer leurs saynètes. Puis arrivent les premiers figurants qui doivent, avec leurs uniformes et leurs équipements de 1940, recréer l'atmosphère des années de guerre.

Car le titre de l'affiche vantant l'événement est bien explicite "Fort de Schoenenbourg, l'histoire revisitée". Les véhicules de collection sont déjà là, ils sont douze : motos, voitures, camion, transports de troupes tous terrains, tous alors en dotation dans l'armée française et bien entendu tous issus des années 1940. Le soir, les premiers figurants dorment dans le hall de la place du marché, gracieusement mis à disposition par le maire de Soultz-sous-Forêts, où avaient été disposé des lits de camps militaires obtenus par la bienveillante intervention de monsieur le Gouverneur militaire de Strasbourg.

- Samedi 27 juin :

D'autres figurants arrivent et revêtent leur tenue: artilleurs, infanterie, chasseurs, gendarmes, alpins, et même les Belges.Ils sont près de 70 à être costumés et équipés. Les fusils cognent dans les brelages, les cuirs craquent et les bidons tintent. On essaie les motos, dans de belles pétarades. La couleur kaki domine le terre-plein, c'en est un vrai régal.

Les premiers visiteurs arrivent, car l'ouvrage est évidemment ouvert au public.

A 14 heures, débute alors le temps fort de la journée : le convoi qui s'ébranle et qui se dirige vers Hatten, selon un itinéraire reconnu et autorisé. Les figurants montent dans les véhicules d'époque, on se croirait vraiment en 1940. Ceux qui n'y trouvent pas place sont alors convoyés par un autobus, loué pour la circonstance. Puis ce sont les arrêts dans les villages traversés : Soultz-sous-Forêts, Betschdorf, avec force démonstrations et passage en revue des troupes par un général plus vrai que nature. Les habitants sont ravis, étonnés ; ils avaient bien vu des convois de reconstitution de la libération de 1945, mais jamais de cette époque.

Puis c'est l'arrêt à la casemate Esch, à Hatten. Au retour, petit intermède à la casemate d'Oberroedern-Sud, mutilée par les combats, où se déroule alors une prise d'armes. Puis, dernier arrêt pour dégager en force le village de Hunspach où des adversaires s'étaient infiltrés. Il y aura des blessés (factices, bien entendu), soignés par des infirmières militaires étonnantes d'authenticité, sous l'oeil compatissant de spectatrices costumées à la mode des années 1940.

Puis ce fut le retour à l'ouvrage, sous l'abri des vastes tentes où les tartes flambées furent les bienvenues. Plus d'une centaine de personnes s'y étaient rassemblées : les membres de l'AALMA, les invités, les reconstituants toujours costumés. Il y eut quelques belles heures de convivialité, ponctuées par quelques chants que tous ceux qui avaient fait leur service militaire avaient encore en mémoire.

Il faut bien avouer que le gouleyant Pinot Auxerrois de la cave de Cleebourg y était pour quelque chose. Les bouteilles étaient d'ailleurs étiquetées au sigle de l'AALMA. Pour le dessert, une gigantesque tarte régala toute la compagnie. La soirée se termina fort tard, car le temps était beau et le vin frais. Il fallait déjà songer au lendemain.

- Dimanche 28 juin :

Dès 9 heures, tout le monde est en place, malgré des réveils parfois difficiles. Les véhicules sont garés comme à la parade, les hommes en kaki sont passés en revue.

Les premiers visiteurs traversent le terre-plein, admirent les armes et les véhicules. Puis vint le côté officiel des festivités. Introduit par notre administrateur Marc Halter, le président Claude Damm tint le discours d'usage, retraçant l'évolution de l'association et remerciant au passage tous ceux qui s'étaient consacrés depuis longtemps à la réhabilitation de la Ligne Maginot.

Puis ce fut au tour de M. Edard, président de l'amicale des anciens du secteur fortifié de Haguenau. Les orateurs suivants furent : MM. Jean-Laurent Vonau, conseiller général, François Loos, député, Yves Cénac, directeur départemental de l'Office des anciens combattants, pour finir avec M. Polizzi, sous-préfet de Wissembourg.

Parmi les invités, étaient présents les maires des localités voisines, ainsi que les représentants de l'autorité militaire, dont le général Kolb, gouverneur militaire de Strasbourg, le colonel Munch directeur de l'établissement du génie de Strasbourg, le colonel Roccia, commandant la base aérienne 901 de Drachenbronn, le colonel Lavigne, commandant la base aérienne de Créteil, le lieutenant-colonel Boudet, commandant l'EIREL de Strasbourg, le chef d'escadron Paulus, commandant la compagnie de gendarmerie de Wissembourg, ainsi que différents représentants de la place militaire de Haguenau.

L'association nationale des anciens combattants de la Ligne Maginot était représentée par M. Robert Vangriesheim, président de la section Ile-de-France.

Le temps des discours céda ensuite sa place à celui du vin d'honneur, qui fut le bienvenu.

Avant et après le repas, des figurants descendirent dans l'ouvrage pour quelques scènes de reconstitution : vie en chambrée, manipulation de tourelle, etc. Les visiteurs, nombreux en ce dimanche après-midi, étaient ravis de toute cette animation, ponctuée à 16 h par un dernier et virulent tir d'artifices qui ne manqua pas d'impressionner les habitants des communes alentour qui se demandaient si la guerre n'avait pas repris.

La fête prit officiellement fin en début de soirée, mais ceux qui s'étaient engagés à tout démonter et ranger avaient encore fort à faire pour toute la journée du lundi. Car pour certains, ce furent quatre jours de travail et quelques heures de réjouissances. Qu'importe, nous avions fait la démonstration de notre capacité d'organiser une manifestation d'envergure, sans doute la plus importante dans ce domaine qui eut lieu dans tout le grand Est de la France. Un grand merci à tous ceux qui s'y sont consacrés.

Il nous restera de fameux souvenirs, et la fierté de pouvoir dire "Le vingtième, j'y étais !".


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