Hommes





Témoignage du lieutenant Joseph MATHES

 

LES OFFICIERS DU SCHOENENBOURG

 

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Le commandant REYNIER

Véritable "père" de l'ouvrage. Le caractère très simple, au langage direct, parfois truculent, bourru par moment. A su amalgamer la réserve à ceux de l'active. Pas de grand mot, de gestes raffinés ! Je le vois cheminer dans les couloirs de l'ouvrage, la tête enfoncée dans les larges épaules, légèrement penché en avant, les mains dans les poches, l'éternelle cigarette au coin de la bouche, bavardant longtemps avec les hommes de troupe qu'il tutoyait tous.

 

Il avait un faible pour les réservistes de la région, ceux du village de Schoenenbourg et d'Ingolsheim dont, certains étaient même des privilégiés..

En automne 1939, il autorise un groupe de réservistes d'Ingolsheim à distiller à  domicile leurs mirabelles et leurs quetsches ; l'ouvrage ensuite l'achètera pour en constituer une réserve à l'infirmerie.

Pendant la durée de la guerre, certains réservistes de Schoenenbourg entretenaient dans l'enceinte du casernement extérieur une véritable ferme avec vaches, porcs, volailles servant de base pour le ravitaillement de l'ouvrage, lui assurant ainsi de la viande fraîche même pendant la période de juin 1940 (les chiens de chasse du commandant y trouvent naturellement refuge …).

 

Il a su maintenir une cordiale discipline jusqu'au dernier jour ! Au matin du 1er juillet, tous les hommes se firent un point d'honneur de défiler devant lui en tenue parfaite, et de lui rendre les honneurs une dernière fois.

 

Il a été un père pour les officiers mais n'aimait point les paresseux (a fait muter un certain lieutenant originaire de Paris dès les premiers jours, parce qu'il payait à boire à ses hommes pour maintenir une certaine discipline …). Il a fait aménager par les services du capitaine Stroh les mess des officiers en une véritable cabine (de navire), où les hublots rayonnaient de lumière indirecte.

 

Sa propre chambre voisine du PC est transformée, grâce à ses tapis d'orient qu'il a ramené de son logement au camp de Drachenbronn en une véritable pièce orientale.

 

Lieutenant LARUE

Officier d'active (je crois St Cyrien) Très aimable, très gentil avec tous ; jeune père de famille très attaché aux siens. C'est lui qui a rédigé le cahier de bord (qu'il a emporté quand il fut fait prisonnier).

 

Capitaine GROS

C'était le major d'ouvrage, réserviste, résidait à Paris, je crois qu'il était directeur d'école. Toujours de bonne humeur.

 

Capitaine CORTASSE

Excellent officier, connaissant parfaitement son métier. Très rieur. Pendant la période difficile, fut toujours présent à son poste, tantôt au PCA, tantôt dans les blocs avant. C'est grâce à lui surtout et au capitaine Stroh que les tourelles furent toujours en mesure de tirer.

 

Capitaine STROH

Barbu, grand fumeur de pipe, aimait faire des blagues. Connaissait l'ouvrage à fond Donnait de sa personne durant les moments les plus difficiles.

 

Sous-lieutenant PEYROU

Je crois qu'il était polytechnicien.

 

Lieutenant LEFROU

Originaire de Paris, sorti de l'Ecole d'art de Poitiers. Officier d'active de corps et d'âme, celui qui voyait dans sa mission d'officier un véritable idéal.

Grand, mince, sec, toujours en bottes rouges, très correct avec ses hommes qu'il vouvoyait (officier-gentilhomme !) Célibataire, pensait qu'avec la solde d'un officier on ne pouvait rendre heureuse une femme !

Camarade excellent qui montait souvent la garde à l'ouvrage avec moi en 1938 et 39.

A été profondément marqué par l'issue de la guerre.

 

Lieutenant MICHEAUD

Sous-officier en 1918, devenu officier, petit, rondelet avait gardé de son origine le langage direct et l'esprit cordial. Très aimé de ses hommes, connaissait parfaitement son métier.

Marié sans enfants, aimait les parties de belote.

 

Lieutenant SCHMITT

Ingénieur à l'électricité de Strasbourg, parfait camarade.

 

Sous-lieutenant Kiefer

Réserviste, aujourd'hui juge (je crois en Moselle)

 

Aspirant FLECK

Du Haut-Rhin. A commandé le bloc 7 et fut mon second au corps franc. A assumé les fonctions d'aumônier les dimanches.

 

Capitaine KIEFFER

Commandait l'infanterie. Je ne vous dirai rien sur son compte, a eu des démêlées avec la justice après 1945, collaboration …

 

Lieutenant GUHL

Actuellement instituteur à Strasbourg. Parfait camarade toujours d'une mainmise exemplaire : col blanc cravate noire, gants et bottes.




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