Hommes





Témoignage de M. Antonin PRADOUX

 

Calculateur au PC du bloc 3 de l'ouvrage de Schoenenbourg

 

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Maintenant les années ont passé, j'étais ou plutôt nous étions les plus jeunes ( la classe 1938).

 

Transmetteurs :

 

Les transmetteurs sont lents, il faut attendre que la tourelle réponde aux ordres avant de passer à un autre et il est plus facile de répondre au téléphone et il y a moins d'erreurs. Direction 345,5, site plus 7.

 

Humidité :

L'humidité était assez forte dans le PC du bloc 3, il doit y avoir dans les murs 3, 4 ou 5 tranchées qui arrivent à la rigole qui fait le tour. L'eau coulait en permanence (source).

Une bombe ou un obus de 420 : plus d'eau. Au deuxième coup, à nouveau ou encore plus d'eau. Vous avez de la chance, c'est sec maintenant, j'ai vérifié.

 

Caserne :

Couchage : tout au début, nous allions à la caserne, cela n'a pas duré. Notre environnement se passait entre le PC et la chambre à 6 lits qui précédait celle du lieutenant Michaud.

On se lavait au fond de la galerie d'entrée après les magasins.

On mangeait dans le PC, le train nous apportait les reps sur place et l'on faisait réchauffer certains plats sur le radiateur près de la porte.

Nous vivions en vase clos, je n'ai pas connu les hamacs. Je suis allé deux ou trois sortir par les blocs avant pour voir les 120 de Bange. Je pense être un ce ceux qui est resté au PC le plus sans sortir (33 jours).

 

Celui qui était de garde avait un lit dans le PC. Nous avions la radio pour nous distraire ; nous n'avions aucun rapport avec nos collègues du bloc ni avec ceux du génie. Vous savez bien que les régiments ne fraternisent pas. Un jour, nous avons été visiter la tourelle mitrailleuse, nous avons été bien reçus mais en redescendant, un seau d'eau nous a fait descendre plus vite.

Il m'est arrivé plusieurs fois de porter le courrier (la nuit ?) au vaguemestre qui était près de l'égout sans rencontrer personne sauf le brouillard qui était à un mètre du sol.

 

La ventilation se faisait au moment des alertes 'surpression) les autres moments c'était les moments où la température était la plus proche extérieurement à celle de l'intérieur. Ce qui fait que c'était la nuit, vers 23 – 24 heures. Vous pouvez constater qu'à l'entrée de l'ouvrage vous n'avez pas de portes et que de ce fait la condensation est très importante du fait de la différence de température entre l'intérieur et l'extérieur. Vous avez des livres qui vous donnent des renseignements, c'est la théorie, la pratique est toute autre.

 

Concernant le fait que les téléphones avec les observatoires extérieurs puissent être  

 reliés au PC du bloc, à ma connaissance, nous n'avons été reliés qu'une fois. On a entendu dire l'observateur "continuez, ils sautent en l'air" Hélas, notre tir était terminé.

 

Pour le soi-disant repos, on a eu un repos à Oberhoffen où l'on était plus mal que dans l'ouvrage, ce qui était très vrai.

Quant au commandant Reynier, je ne pense pas l'avoir rencontré au PC du bloc 3.

Il est indiqué que dans la brochure que M. Damm m'a adressée que le 26 mai a été tué Moreau, guetteur au bloc 5 ; dans le livre d Bruge il est porté Devaux, dans celui de Rodolphe, il n'est pas donné de nom (ce n'était pas un artilleur). Pour ma part, j'ai été très touché par ce fait car j'avais été pendant un moment au bloc 5.

 

En ce qui concerne les tirs, la théorie 72 coups en 3 minutes soit 24 coups minute, pour un tube 12 coups, soit un coup toutes les 5 secondes. En fait, il est arrivé de tirer 80 coups en moins de 3 minutes surtout au moment où il devait y avoir des parachutistes sur le Hochwald. Les tirs étaient faits après avec un certain nombre de coups, 50, 20, 10 ,4. Il est arrivé une fois que j'ai fait tirer 1 km trop loin sur un tir de 4 coups, 2 trop longs, 2 au bon endroit. Sans réaction de personne, ni officier, ni observatoire, ni PCA. Il faut dire aussi que nous avions aussi des tirs préparés d'avance sur certains points à exécuter au commandement.

 

Voici un exemple le 9 mars 1940 : Réglage sur Windhof 170 – 487,2, carrière 167 : 175,6 – 485,8.

Tenir à jour la feuille d'enregistrement des tirs :

Prêts à 14 h 30. Tir au commandement du commandant. Observation en mètres.

 

On trouve dans le livre de Rodolphe: au début 72 coups, puis comme on pouvait faire 80 on faisait 80 et ensuite comme je le dis plus haut restriction 50, 20, 10, 4.

 

Les tourelles du Schoenenbourg sont de 1932, donc pas automatiques, il y avait, il me semble bien 4 hommes dans la chambre de tir et deux hommes dans celles de 1933 automatiques. Le dernier tir de B3 le 24 – 25 juin 1940 était un tir de harcèlement, un coup de temps en temps. Tout le PC est monté dans la chambre de tir sauf le lieutenant et moi (me souvenant du tube du Hochwald et du 120 de bange).

 

Le 24 juillet 1940, mon camarade JULES Marcel, prisonnier à Haguenau est retourné à Schoenenbourg au bloc 3 avec le lieutenant Micheaud se faire filmer par les Allemands pour un film sur la prise de l'ouvrage. Moi, j'étais sur les routes à boucher les trous, si j'avais été encore à Haguenau, il se peut que j'aurais été avec Marcel, lui étant lecteur, moi calculateur. Nous avons été ensemble de septembre 1940 au 13 novembre 1940 aux établissements Merkle (carrière chaux-ciment à Gerhausen), il est revenu en France comme malade.  Je suis resté prisonnier de guerre jusqu'en 1945.

 

Il ne faut pas toujours prendre à la lettre les livres ou récits sur la guerre, je ne sais pas si c'est à vous que j'ai signalé le livre d'Etienne Anthérieux et le sacrifice de la ligne Maginot et où des extraits ont été publiés dans le journal des anciens combattants. Les tirs de 305 – 280 n'étaient pas perceptibles, par contre, les 420 ébranlent les nerfs. Il parle des bombes de 1000 kg atteignant 1500 à 1800 kg faisant d'énormes cratères. Je pense que s'il avait été dessous, il n'y avait pas que les nerfs, mais aussi l'ouvrage. L'équipage s'est à peine douté des tirs de 208 – 350. Cette tranquillité d'esprit est un élément non négligeable de l'efficacité de la fortification.

 

Blocs 7 et 8 du Schoenenbourg : mise hors service des antennes de TSF et la démolition totale par le souffle des baraques abritant en temps de paix les équipes de garde.

 

A propos des douches pour les gazés, dans certains journaux avant la guerre, il avait été dit que l'on prenait des rayons UV pour avoir des couleurs Je n'ai jamais entendu cela. Certes (on était comme des endives, bien blancs), ou vouliez vous aller : PC bien éclairé, radio, jeux de cartes, dès ; je ne pense pas que les déplacements étaient interdits, mais où aller ? Je suis aussi monté une fois dans la cloche de B 3 pour voir l'arrivée des 105, mais c'était avant la tragédie du B5.

 

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Le 18 octobre 1988

Antonin Pradoux




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